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La Birmanie encore sur la voie de la démocratie ?

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Des centaines de milliers de Birmans seront privés de vote pour les élections législatives du 8 novembre prochain. A commencer par les Rohingyas, qui seraient encore environ 600 000 dans un pays qui fait face à une recrudescence des cas de Covid-19.

Des élections législatives se tiendront dans une semaine en Birmanie. C’est le deuxième scrutin libre depuis 2010, date du départ de la junte militaire qui dirigeait le pays depuis cinquante ans. 38 millions d’électeurs sont donc appelés à renouveler le Parlement et les assemblées régionales. Mais beaucoup de Birmans sont exclus de cette consultation. Les explications de Sophie Brondel, coordinatrice de l’association d’Info Birmanie, centre d’information et de plaidoyer sur la situation politique, économique et sociale du pays.

Les élections législatives du 8 novembre sont-elles  libres, démocratiques et ouvertes à tous ?

Beaucoup de Birmans sont exclus du scrutin du 8 novembre. A commencer par les Rohingyas : on estime qu’il y a environ 600 000 Rohingyas encore en Birmanie, et comme ils sont privés de citoyenneté, ils n’ont aucun droit et donc pas de droit de vote. Il y a aussi des minorités ethniques qui sont touchées par cette exclusion des élections. La commission électorale vient de décider que, pour des raisons de sécurité, le scrutin n’aura pas lieu dans cinquante-six cantons du pays. Cela touche un million 800 000 personnes, 1 million 800 000 électeurs qui n’iront pas aux urnes en raison des conflits officiels. Et cette décision a été prise par l’armée. L’armée a elle-même sélectionné les cantons à exclure de ces législatives. Il y a, en effet, un contexte de guerre, notamment dans l’état de Rakhine.

Mais c’est aussi un prétexte, relèvent certaines réactions et critiques. Elles soulignent que des électeurs ont été exclus dans des circonscriptions où les partis ethniques étaient susceptibles de remporter les élections face à la LND, la Ligue Nationale pour la Démocratie, le parti du gouvernement d’Aung San Suu Kyi. 

Outre ces Birmans de l’intérieur, les Birmans qui vivent à l’étranger, notamment en Thaïlande et en Malaisie, ont-ils la possibilité de voter ?

La question du droit de vote des migrants et des expatriés birmans est un véritable enjeu. Il faut savoir qu’en 2015, seuls 30 000 d’entre eux avaient pu voter, alors qu’on estime qu’il y a plus de quatre millions de Birmans à l’étranger. Cette année, la situation est un peu moins mauvaise parce qu’on compte 100 000 Birmans de l’étranger qui se sont inscrits pour voter. Mais, si on regarde de près les chiffres, notamment des migrants Birmans en Thaïlande qui sont des millions, il n’y en a que quelques dizaines de milliers qui ont été enregistrées pour ce scrutin. 

Les démarches sont très difficiles et de ce fait, ils sont le plus souvent exclus des élections. Cela reste la réalité d’aujourd’hui. Les Birmans qui travaillent dans les usines, loin des lieux de vote ne sont pas forcément informés de ce qu’ils doivent faire et sont donc davantage exclus. Et de toute façon, pour les migrants en Thaïlande, c’est généralement un véritable parcours du combattant pour voter. Certaines personnes ont dû mettre deux jours pour se rendre à Bangkok pour voter à l’avance. Dans ces conditions, il est très difficile  pour les migrants et les expatriés d’exercer leurs droits de vote.

Est-ce le résultat d’une “mauvaise volonté” des autorités birmanes ?

En 2015 déjà, les exclusions des Birmans de l’étranger avaient été remarquées et dénoncées. Pour cette année, il est clair que les moyens n’ont pas été mis pour permettre à ces populations de voter. Et effectivement, si on prend les migrants Birmans en Thaïlande, beaucoup sont issus de minorités ethniques et donc pourraient potentiellement voter pour des partis qui ne sont pas la LND, même si une frange vote bien  pour la Ligue Nationale pour la Démocratie. Mais, c’est vrai que tous les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour permettre à ces Birmans de voter. 

De plus, le gouvernement, finalement, tire parti de la crise sanitaire et du coronavirus. La LND, la formation politique au pouvoir, veut remporter ces élections et le contexte actuel la privilégie. La situation privilégie les grands partis au détriment des petits puisqu’il y a beaucoup de restrictions pour la campagne électorale et c’est favorable à la LND. 

Il y a aussi un autre  enjeu, c’est-à-dire qu’il ne faut pas créer de vide du pouvoir. Les élections doivent se tenir avant la fin janvier. Sinon, c’est un conseil de défense et de sécurité composé de militaires qui prendra le relais. Ce qui fragiliserait encore plus la transition démocratique en cours qui est déjà en très mauvaise posture.

Y a-t-il aussi beaucoup de Birmans qui vivent en Europe ?

La communauté la plus importante en Europe vit en Angleterre. Il y a aussi une petite communauté en France. Mais nous ne savons pas exactement combien ils sont. Nous n’avons pas vraiment de chiffres, mais c’est une petite communauté de Birmans qui vit en France. Il y a quelques Rohingyas. Il y a aussi des Birmans d’autres appartenances qui sont là depuis plus longtemps.

Comment la Birmanie s’en sort face à la pandémie du coronavirus ?

Depuis le mois d’août, la Birmanie fait face à une recrudescence des cas de contaminations. Et comme le système sanitaire et de santé est assez dégradé, il y a de fortes inquiétudes sur la capacité de la Birmanie à faire face à la pandémie. Il y a de plus en plus de cas, de plus en plus de décès, à quoi s’ajoutent un contexte de guerre et des déplacements de populations.

Certaines régions du pays ne peuvent pas répondre aux besoins des gens ni leur venir en aide.

Les autorités avancent des chiffres sur le Covid : quel est le nombre de personnes touchées et le nombre de morts ?

Le gouvernement donne des bilans quotidiens ou hebdomadaires. La semaine dernière, il y avait plus de 30 000 cas et plus de 700 morts. Ces chiffres, bien qu’officiels, sont sans doute en deçà de la réalité. Le nombre de victimes est sûrement plus élevé. 

Globalement, la société civile est fortement inquiète de la situation de pandémie. Elle s’interroge sur les capacités des autorités à prendre en charge et à aider les populations en zones de guerre et les personnes déplacées. Cela concerne des centaines de milliers de Birmans.

Par Nadine Epstain – Radio France Culture – 1er Novembre 2020

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