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Aude : Une survivante nous raconte le crash oublié des enfants du Vietnam

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En 1975, un pont aérien américain, endeuillé par un accident meurtrier, exfiltre 3 000 orphelins du Vietnam. Une survivante et une romancière, Audoises d’adoption, rappellent cet incroyable épisode.

Saïgon, 4 avril 1975, 17 h 30. Peu après son décollage, un avion américain de transport militaire Galaxy C–5A, à bord duquel ont été entassés près de 300 orphelins vietnamiens s’écrase dans le delta du Mékong. De la carcasse fracassée de l’appareil, qui s’est brisé en plusieurs parties, seuls quelques dizaines d’enfants sortent vivants. Les autres ont été éjectés lorsque l’appareil a perdu en vol sa porte arrière, ou sont morts noyés, dans les boîtes à chaussure glissées sous les sièges où ils étaient censés voyager.

Juste avant la chute de Saïgon du 30 avril 1975

Ce vol était le premier d’une étonnante opération massive, déclenchée par les États-Unis quelques semaines à peine avant la chute de Saïgon aux mains de l’armée communiste du Nord, point final de la guerre du Vietnam.

” C’était un vrai pont aérien qui a à l’époque été présenté comme une victoire, parce que 3 000 bébés arrivent aux États-Unis, alors que la guerre est perdue. L’ambassadeur Graham Martin a pensé qu’avec une réaction émotionnelle forte, le Congrès voterait de nouveaux crédits pour continuer la guerre”, explique Marie Bardet, qui vit depuis 2015 à Narbonne et publie un roman passionnant inspiré de cet épisode historique méconnu en France.

Les enfants de GI’s et de Vietnamiennes ?

Les 3 000 petits Vietnamiens du Babylift étaient censés être les enfants de GI’s et de Vietnamiennes, qu’il fallait sauver des griffes des communistes. Dans la réalité, certains étaient de vrais orphelins, parfois en cours d’adoption par des familles occidentales. Mais d’autres avaient des parents au Vietnam, qui craignaient pour leur sécurité et espéraient ainsi les mettre temporairement à l’abri.

“La plupart n’avaient pas de papiers, pas de visa de sortie, parfois un simple nom ou un surnom, écrit sur une étiquette en carton. Il y a des règles pour qu’un enfant soit adoptable : qu’il n’ait plus de famille, ou que ses parents aient donné un consentement éclairé”, raconte Marie Bardet. “Ces enfants ont été pris en otage : le caractère politique de Babylift était évident. Beaucoup d’adoptions se sont mal passées : il y a eu des mères qui ont traversé ensuite l’océan pour faire des procès pour récupérer leurs enfants, des GI’s qui cherchent toujours leur enfant. S’il y a autant de groupes liés au Babylift sur les réseaux aujourd’hui, c’est bien parce que ces enfants n’étaient pas tous des enfants sans famille”.

Pas de visas, mais “ne pas l’écrire”

“Il a été convenu que par souci humanitaire nous fermions les yeux sur les visas accordés à tous les enfants vu l’urgence. Mais ne pas l’écrire”, rapporte une note téléphonique du Quai d’Orsay du 11 avril 1975, citée par Yves Denéchère dans son article sur Babylift dans la revue Guerres Mondiales et conflits contemporains, N° 252 où il relève les regards croisés sur l’opération : “kidnapping massif” pour les uns, “bataille humanitaire gagnée” pour les autres. À l’histoire de juger.

Par l’un de ces incroyables télescopages dont l’histoire, grande ou petite, a le secret, le premier crash de Babylift est au cœur de la vie d’une autre Audoise de cœur… et d’adoption.

“Je fais partie des enfants qui étaient dans cet avion qui s’est écrasé peu après son décollage”, explique Sandie Quercy, 46 ans, qui vit aujourd’hui à Saint-Marcel-sur-Aude, après avoir travaillé dans le prêt-à-porter à Paris et à Lyon. Elle avait neuf mois lorsqu’elle a été embarquée dans le Galaxy C-5 et devait être adoptée par Andrée et Francis Quercy, un couple de Narbonnais. Pendant quelques heures, ces derniers l’ont crue morte, et leur situation est alors suivie de près par Midi Libre. “Ils ont failli perdre l’enfant qu’ils avaient adoptée avant même de l’avoir vue”, écrivait le 10 avril 1975 notre journal.

La France n’avait pas envie de tremper dans cette histoire qui sentait le soufre, mais a accepté des enfants sous la pression des associations

Près de 45 ans après le crash du Galaxy, Sandie l’enfant adoptée et Marie la romancière ont fini par se rencontrer, après avoir découvert qu’elles étaient presque voisines. L’une cherchait ses racines. L’autre des témoignages, pour nourrir son roman. “J’ai vu l’annonce de Marie sur un groupe Facebook de descendants américains du Babylift”, se souvient Sandie. “Ça dépassait tellement toutes mes attentes”, sourit Marie, qui préparait alors son voyage au Vietnam.

Leurs échanges ont nourri la connaissance de l’histoire de l’une et la fiction de l’autre. “La France n’avait pas envie de tremper dans cette histoire qui sentait le soufre, mais a accepté des enfants sous la pression des associations. On leur a ensuite demandé de détruire tous les documents pour que les mères biologiques ne puissent retrouver leur enfant”.

Babylift, de Marie Bardet, éditions Emmanuelle Collas, 265 p. 17 €

Par François Barrère – Midi Libre – 28 février 2021

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