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Thaïlande : les manifestants refusent de plier malgré l’incarcération de leurs leaders

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Les appels à relâcher les opposants emprisonnés pour « sédition », arrêtés alors qu’ils manifestaient pacifiquement à Bangkok, se multiplient. Un nouveau rassemblement est prévu samedi 13 mars, preuve que le mouvement n’est pas prêt à plier.

ls sont trois : Panusaya « Rung » Sithijirawattanakul, une étudiante en sciences politiques de 22 ans, Panupong « Mike » Jadnok, un étudiant de 24 ans, et Jatupat « Pai » Boonpattararaksa, 29 ans, activiste arrêté pour la première fois en décembre 2016. « Rung », « Mike » et « Paï », comme ils sont appelés sur les réseaux sociaux et dans les médias du monde entier, sont devenus les symboles du mouvement de protestation qui agite la Thaïlande depuis l’été dernier, à la suite de l’imposition de l’état d’urgence, le 26 mars 2020.

Une soixantaine d’inculpations pour lèse-majesté

Tous trois sont accusés d’avoir violé la législation réprimant le crime de lèse-majesté durant un rassemblement dans le centre de Bangkok en septembre 2020, a déclaré le porte-parole du procureur général, lors d’une audience, lundi 8 mars, alors que de nombreux militants. Ces trois manifestants pro-démocratie en Thaïlande sont aussi inculpés de sédition, aux côtés de 15 autres manifestants qui ont participé aux rassemblements, à l’automne dernier, et ont été arrêtés. 14 d’entre eux ont obtenu une libération sous caution.

À ce jour, au moins 57 autres manifestants, dont trois mineurs, sont inculpés dans le cadre de la législation sur le crime de lèse-majesté, autrement dit pour propos diffamatoires à l’égard de la monarchie. Amnesty international évoque également le nombre de « plus de 380 manifestant(e)s, dont 13 mineur(e)s, faisant l’objet de poursuites pénales », selon Emerlynne Gil, directrice régionale adjointe pour la recherche au sein de l’ONG, qui appelle à « abandonner les poursuites ouvertes pour des motifs politiques ».

« Battez-vous tous »

« Peu importe combien se retrouvent enfermés, ceux à l’extérieur continueront à se battre, ils n’ont pas besoin de nous, a déclaré Rung aux journalistes présents lors de l’audience. Je n’ai aucune inquiétude pour le mouvement ». Paï, lui, a publié un retentissant « Battez-vous tous », sur sa page Facebook, après la confirmation de leur maintien en détention.

Le vent de fronde qui secoue le royaume depuis juillet 2020 multiplie les actions de protestation pacifiques, notamment les rassemblements étudiants non violents. Les manifestants réclament une nouvelle Constitution, ainsi que la démission du gouvernement oligarchique du premier ministre Prayut Chan-o-Cha, général et auteur du coup d’État de mai 2014. Ils appellent également à des réformes de la monarchie, en particulier l’abolition de la loi archaïque de crime de lèse-majesté, sévèrement puni de plusieurs années de prison dans un royaume où le souverain est considéré comme un avatar du dieu Vishnou. Les manifestants n’en reprochent pas moins au roi Maha Vajiralongkorn, 68 ans, une trop forte concentration des pouvoirs et de richesses sur sa personne et de ne pas s’occuper du bien-être de ses sujets.

Balles en caoutchouc et canons à eau

Jusqu’en décembre, le mouvement a rassemblé des dizaines de milliers de manifestations à Bangkok, parfois plusieurs fois par semaine, avant de sembler s’estomper en début de l’année. Malgré l’interdiction de rassemblement publics dans les villes, il s’est relancé le 28 février, puis le 6 mars, au cri de « Libérez nos amis », après l’inculpation de ses leaders, notamment Parit Chiwarak, connu sous le nom de « Penguin », et Anon Numpa, avocat spécialisé dans les droits de l’homme. La mobilisation se poursuit, samedi 13 mars, avec un nouvel appel à manifester.

La répression, lors de ces récentes mobilisations, s’est toutefois accentuée, les autorités faisant usage, selon Amnesty International, de tirs de balles en caoutchouc, de coups de matraques, de gaz lacrymogène ou de « canons à eau aspergeant la foule d’une solution contenant des produits chimiques irritants ». Plus de 100 manifestants ont signalé avoir été blessés. Le premier ministre, de son côté, a exhorté les Thaïlandais à « respecter la loi ».

Par Jean-Yves Dana – La Croix – 13 mars 2021

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