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Birmanie: «La France devrait être à fond derrière le gouvernement civil»

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Près de trois mois après le putsch militaire en Birmanie, la junte semble bien résolue à réprimer de plus en plus violemment le mouvement pro-démocratie.

Hormis les déclarations et condamnations de la communauté internationale, accompagnées de quelques sanctions ciblées contre la junte, rien n’a été réellement fait pour mettre un terme à la grave crise que traverse le pays. Entretien avec Guy Lubeigt, chercheur et l’un des plus grands spécialistes français de la Birmanie.

RFI : On sait que la Birmanie est un pays très riche en ressources naturelles. Et il semblerait que depuis le putsch la contrebande et les trafics en tout genre ne se soient jamais mieux porté. De quoi s’agit-il ?

Guy Lubeigt : Il faut savoir qu’il y a 5 000 km de frontière terrestre avec l’Inde, la Chine, la Thaïlande, le Bangladesh, des kilomètres qui sont quasiment incontrôlés et surtout du côté chinois. Ce pays regorge d’énormément de ressources naturelles, la plus connue, c’est le jade, le bois, mais il y a aussi depuis quelque temps les terres rares. Et c’est ce qui intéresse beaucoup les Chinois, notamment pour fabriquer les téléphones portables. La Chine importe 74% de ces terres rares de la Birmanie. Dans l’État Kachin, autrefois il y avait des mines illégales tout le long de la frontière dans la zone du nord-est de Myitkyina, la capitale de l’État Kachin et on a remarqué dernièrement que les Chinois envoyaient un certain nombre d’hommes d’affaires pour y louer des terrains. Les Kachins qui vivent dans cette zone voient ces allers et venues entre la Birmanie et la Chine. Autrefois ils comptaient deux camions par jour chargés de ces terres rares, aujourd’hui ils en comptent plus de 15 par jour par mine, alors qu’il y a une douzaine de mines dans la région. En fait tout ce qui vient de la Chine est, je dirais, à la limite bienvenu. Les Chinois donnent de l’argent à la junte et aux rebelles pour continuer à exploiter ces mines, tout cela de manière illégale.

Il y a dix ans, les militaires avaient ouvert le gouvernement aux civils notamment pour diversifier l’économie trop dépendante de la Chine et l’ouvrir à la concurrence. Comment expliquer alors ce coup d’État ? Et qui tire le plus de profit de cette situation ?

Il est possible que certains intérêts chinois aient été menacés. Il est en tout cas évident qu’ils sont intervenus. Des ministres chinois sont venus en Birmanie quelques jours avant le coup d’État. Min Aung Hlaing, le chef de l’armée s’est aussi rendu à Moscou et donc on peut imaginer sans grande peine que ces ministres ont plus ou moins donné leur aval, peut-être indirectement et par différents moyens diplomatiques. C’est quasiment certain. Les Russes ont donné leur accord parce qu’ils vendent des armes de toute sorte. Parfois, il y a des armes qui viennent officiellement de Russie, une partie va vers l’armée, mais une autre partie est ensuite vraisemblablement revendue aussi à certains groupes rebelles favorables.  Et du côté des Chinois les business sont énormes.

Quel regard portez-vous sur la position de la France face à cette crise ?

Il faudrait que la France décide maintenant officiellement de soutenir le gouvernement civil birman qui a toutes les raisons d’être reconnu. La junte ne s’est pour l’instant engagée sur rien. Après avoir massacré des centaines de personnes, les militaires pourchassent tous les dirigeants, les gens sont poursuivis jusque dans leurs maisons, des enfants sont tués, les massacres continuent dans les zones ethniques qui ne sont pas vraiment encore sous le contrôle des militaires. Les gens de la junte se conduisent comme des monstres, ce qu’ils font est parfaitement horrible. Et donc cela devrait nous poussez à agir et à dire assez, ça suffit maintenant. Engagez au moins un dialogue. Je pense que la France devrait déjà suivre l’exemple de ceux qui se sont vraiment manifestés en faveur du mouvement civil, comme les Américains et les Anglais. La France, le pays des droits de l’homme devrait être là à fond derrière le gouvernement civil d’unité nationale qui aurait dû être nommé le 1er ou le 2 février. On aurait vraiment dû le faire pour venir en aide au peuple birman devant les horreurs et les drames qui se passent.

Par Jelena Tomic – Radio France Internationale – 28 avril 2021

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