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L’écrivaine Kim Thúy explore la mémoire de la guerre du Vietnam

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La Québécoise Kim Thúy raconte par d’intenses fragments les blessures du Vietnam en guerre, qu’elle a fui en 1978.

La force de Kim Thúy, c’est qu’elle est d’abord une conteuse hors pair, qui tisse subtilement les détails prosaïques du quotidien pour en faire la trame poétique de ses brefs récits, toujours liés aux déchirements de l’exil. Dès son premier roman et best-seller Ru (2010), sa littérature s’est nourrie du désir de dépasser les blessures.

Même si, dans Em, elle s’attaque au plus douloureux : les dernières années impitoyables de la guerre du Vietnam, qu’elle nous raconte à travers le destin de plusieurs enfants métis, dans un récit fragmenté, aux images saisissantes : une adolescente du village martyr de My Lai tirée du charnier par un hélicoptère américain, un enfant des rues de Saïgon qui prend sous son aile un nourrisson abandonné, un avion yankee de l’opération de sauvetage des orphelins Babylift qui explose au décollage…

Née des amours d’un colon français roi du caoutchouc et d’une espionne vietnamienne, l’adolescente hélitreuillée se prénomme Tam. Son destin croisera celui de Louis, l’enfant des rues, né de l’étreinte d’un soldat noir américain et d’une call-girl de Saïgon. Quant au nourrisson, c’est une fille baptisée Em Hong par Louis – Em signifie « petite soeur » – qui retrouvera le regard de son protecteur bien plus tard, dans les couloirs d’un aéroport international.

Une histoire intime et collective

Les violences et multiples séquelles de la « guerre américaine », ainsi nommée par les Vietnamiens, n’empêchent pas la romancière d’éclairer son kaléidoscope de sa passion pour la nourriture et la cuisine.

D’une manière très proustienne, parfums et saveurs se rattachent à des pans entiers d’une histoire aussi intime que collective – ah, le jus d’herbe amoureusement préparé par la nourrice de Tam à la sortie du lycée de Saïgon, ou la coriandre parmi les milles autres nuances gustatives du phô, la soupe traditionnelle mijotée dans la rue. Et c’est une féminine touche de vernis à ongles qui finira par colorer et clore cette formidable épopée de l’exil…

À lire Em, de Kim Thúy, Liana Levi, 15 euros. 

Par Marie Chaudey – La Vie – 14 juin 2021

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