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En Birmanie, des militants prodémocratie risquent d’être exécutés

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Depuis la prise de pouvoir par les militaires, en février 2021, les condamnations à mort se multiplient. La junte a annoncé sa volonté de faire exécuter prochainement quatre militants. Cette décision, qui mettrait fin à trente ans de moratoire, est dénoncée sur la scène internationale, ou Rangoon risque un isolement croissant.

Les militants prodémocratie Kyaw Min Yu (alias Ko Jimmy) et Phyo Zeya Thaw ont été condamnés à la peine de mort en janvier dernier par un tribunal militaire, accusés de trahison et de violation de la loi antiterroriste. Comme le rapporte The Diplomat, le porte-parole du gouvernement militaire a annoncé, le 4 juin, que “les recours en appel étant épuisés, la sentence [allait] être exécutée”.

Deux autres condamnés sont également concernés par cette décision de mettre en œuvre la peine capitale. “Ils figurent parmi les 114 personnes qui ont été condamnées à mort par des tribunaux militaires depuis le coup d’État de février 2021, principalement pour avoir combattu la junte par les armes. S’y ajoutent les 1 929 personnes tuées par les forces de sécurité”, indique le site d’information dans un autre article.

Tollé

Cependant, ainsi que le souligne le journal, l’annonce par la junte birmane de son intention d’exécuter les quatre condamnés suscite un tollé international. Le 10 juin, deux experts des Nations unies ont décrit cette annonce comme “une vile tentative d’instiller la peur parmi les Birmans”.

Dans une lettre datée du lendemain, le Premier ministre cambodgien Hun Sen, actuellement à la tête de l’Asean (Association des Nations d’Asie du Sud-Est), a instamment demandé au gouvernement birman de ne pas mettre à exécution cette décision. Signe, selon The Diplomat, de l’isolement diplomatique grandissant de la junte militaire, même dans la région.

Une première depuis trente ans

Ko Jimmy est connu, rappelle le site d’information DVB, pour sa participation au soulèvement d’août 1988 contre une junte militaire précédente. Il avait alors été condamné à vingt ans de prison. Des mandats d’arrêt ont été émis contre lui dès le lendemain du coup d’État de l’an dernier, quand l’armée a repris le pouvoir, mettant un terme à une parenthèse démocratique d’une décennie.

Quant à Phyo Zeya Thaw, il a été élu deux fois au Parlement sous la bannière de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi. L’ancienne cheffe d’État de fait est en résidence surveillée depuis février 2021, et a également été condamnée dans une multitude d’accusations à onze ans de prison. “Très connu et apprécié en tant que pionnier du hip-hop birman avec son groupe de rap Acid, Phyo Zeya Thaw est également un des quatre membres fondateurs de Generation Wave, un groupe d’action opposé à la junte qui a gouverné le pays jusqu’en 2011”, rappelle DVB.

Si ces quatre exécutions sont effectivement mises en œuvre, elles mettront fin à un moratoire de fait, à l’œuvre dans le pays depuis trente ans. En 2021, Amnesty International a recensé au moins 86 condamnations à mort en Birmanie, contre au moins une l’année précédente. Selon DVB, qui cite un membre de l’administration pénitentiaire, le délai avant une exécution peut aller de trois à cinq ans dans un régime civil, mais la procédure pourrait être accélérée puisque les quatre hommes ont été condamnés dans le cadre d’un procès militaire.

Courrier international – 13 juin 2022

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