Une bibliothèque unique dédiée aux manuscrits khmers voit le jour à Wat Ounalom
Le roi Norodom Sihamoni a inauguré la bibliothèque Preah Vanarat Ken Vong, un centre de recherche abritant plus de 125 000 pages de manuscrits khmers. Un pas de plus pour la préservation du patrimoine.
Un projet d’envergure pour préserver le savoir khmer
Phnom Penh compte désormais un lieu incontournable pour les chercheurs : la bibliothèque Preah Vanarat Ken Vong, inaugurée le 17 février par le roi Norodom Sihamoni au Wat Ounalom. Ce centre, le plus grand du pays consacré aux manuscrits khmers, est installé dans le bâtiment du Fonds pour la préservation des manuscrits cambodgiens (FEMC).
L’initiative s’inscrit dans le travail mené par l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), qui œuvre depuis des décennies pour sauver et restaurer ces précieux textes. Aujourd’hui, plus de 125 000 pages de manuscrits y sont conservées, et l’accès est réservé aux chercheurs spécialisés.
L’héritage d’un moine engagé
Cette bibliothèque porte le nom du vénérable Preah Vanarat Ken Vong, figure majeure de la préservation du patrimoine écrit khmer. Après la chute des Khmers rouges, il fut l’un des premiers moines à être réordonné et consacra sa vie à la sauvegarde des manuscrits, de 1979 jusqu’à son décès en 1994.
Sa collection, d’abord conservée au Wat Saravan Techo, a été confiée en 1992 à l’EFEO-FEMC, qui a poursuivi son travail en élargissant considérablement les archives, notamment grâce aux monastères de Kampong Cham.
Un lieu chargé d’histoire
Le bâtiment qui accueille aujourd’hui la bibliothèque a connu plusieurs vies. Construit en 1920 comme monastère, il a ensuite hébergé l’Institut bouddhique entre 1992 et 1998. Quant au projet FEMC, il a vu le jour en 1990 dans l’enceinte du Palais royal avant de s’installer définitivement à Wat Ounalom en 1999.
Avec le temps, le site a accumulé un impressionnant fonds de manuscrits, mais le bâtiment s’est dégradé. Sa récente rénovation a été rendue possible grâce au soutien financier de la famille de Chea Chanto, ancien gouverneur de la Banque nationale du Cambodge.
Un rôle clé pour la culture et la société cambodgiennes
Lors de la cérémonie d’inauguration, le roi Sihamoni a tenu à rappeler l’importance des monastère dans la préservation du savoir et de l’identité khmère. Il a notamment évoqué le travail du vénérable Chuon Nath, figure emblématique du XXe siècle, connu pour son rôle dans la sauvegarde de la langue et de la culture khmères.
Selon le roi, les monastères ne sont pas seulement des lieux de culte, mais aussi des centres de transmission du savoir, d’éducation et de cohésion sociale. « Le lien entre les monastères et la vie quotidienne des Cambodgiens est indissociable. Ils jouent un rôle clé dans le développement du pays, tant sur le plan spirituel que culturel, » a-t-il souligné.
Wat Ounalom, un témoin de l’histoire cambodgienne
Fondé en 1437 sous le règne du roi Ponhea Yat, Wat Ounalom est l’un des plus anciens et des plus importants monastères bouddhistes de Phnom Penh. Il se distingue par la présence d’un temple angkorien, construit entre le XIe et le XIIe siècle dans le style de Koh Ker. Initialement tourné vers l’est, il a été transformé en stupa durant la période post-angkorienne.
Aujourd’hui, Wat Ounalom reste un symbole majeur du bouddhisme au Cambodge et un centre d’apprentissage pour de nombreux moines et chercheurs. Avec cette nouvelle bibliothèque, il renforce encore son rôle dans la conservation du patrimoine intellectuel du pays.
L’ouverture de la bibliothèque Preah Vanarat Ken Vong marque une étape essentielle dans la préservation des manuscrits khmers. Ce projet ambitieux permet de sauvegarder un héritage précieux tout en offrant un espace de recherche unique aux spécialistes. Un pas de plus pour assurer la transmission du savoir aux générations futures.
Lepetitjournal.com avec Cambodianess – 18 février 2025
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