Vietnam : des groupes sociaux et des activistes tentent de reconquérir l’espace civique
Une grande partie de la communauté internationale est ignorante du caractère autoritaire du régime vietnamien.
Les restrictions imposées à l’espace civique au Vietnam ont rendu la tâche plus difficile pour les groupes et les militants des droits humains d’accomplir leur travail sans être pris pour cible par les autorités. Malgré les risques, plusieurs initiatives et campagnes visent à donner à davantage de personnes les moyens d’exercer leurs droits et de contribuer à un changement positif dans leurs communautés. Certains membres de la diaspora vietnamienne, soucieux de leur pays d’origine et désireux d’étudier leur patrimoine, font partie des personnes qui militent activement en faveur de réformes.
Vietnam Rise, dont les trois fondateurs sont issus de la diaspora, publie des études, met en avant des programmes de bourses et collabore avec des réseaux basés en Asie du Sud-Est afin de mettre en lumière la détérioration de l’espace civique au Vietnam. Elle fait également la promotion des approches innovantes visant à soutenir les militants locaux et à aider les citoyens à lutter contre les politiques draconiennes.
Global Voices a interviewé Vietnam Rise sur sa mission, les défis auxquels la plateforme est confrontée dans son travail et le rôle de la collaboration régionale dans la reconquête de l’espace civique.
Global Voices (GV) : Quels sont les objectifs de Vietnam Rise ? Comment comptez-vous accomplir votre mission ?
Vietnam Rise (VR) : L’objectif principal de Vietnam Rise est de donner les moyens d’agir aux militants sur le terrain et à la société civile au Vietnam. Nous visons à remplir cette mission avant tout grâce à nos programmes semestriels d’incubation et de bourses. Le programme de bourses sélectionne des militants vietnamiens et les forme au leadership. Le programme d’incubation fournit des subventions initiales et un soutien à la gestion de projets pour les groupes militants sur le terrain. Les boursiers et les groupes d’incubation travaillent dans des domaines très variés tels que les droits du travail, l’accès à l’éducation et des thématiques en lien avec les groupes LGBT. Nous organisons des formations en présentiel et des voyages d’étude pour permettre aux militants de rencontrer et de partager leurs bonnes pratiques avec des membres de mouvements partageant les mêmes idées en Asie du Sud-Est. L’objectif de ces programmes est de créer des communautés autonomes dotées de moyens d’action au Vietnam.
GV : Quels sont les défis que vous rencontrez dans vos activités et comment les surmontez-vous ?
VR : Les défis auxquels nous sommes confrontés au Vietnam comprennent la diffusion par les médias d’état de fausses informations sur l’objectif de Vietnam Rise et le risque de sanctions politiques. Le Vietnam est un état à parti unique qui restreint l’espace juridique de la société civile, une mesure marquée par des accusations d’évasion fiscale, de propagande anti-étatique et d’« abus des libertés démocratiques » à l’encontre des militants. Les organisations non enregistrées qui encouragent la population à douter de l’autorité sont qualifiées de réactionnaires ou, dans les cas extrêmes, de terroristes. Les sanctions infligées pour déviance politique sont sévères, ce qui oblige de nombreux militants sur le terrain à agir dans la discrétion et la clandestinité, voire à garder le silence.
Au sein de la communauté internationale, la relative obscurité qui entoure l’État autoritaire vietnamien par rapport à des pays comme la Chine et la Corée du Nord constitue un autre défi. L’une des raisons qui expliquent sans doute l’ignorance des étrangers à l’égard de la société politique fermée du Vietnam est l’image que renvoie ce pays, celle d’une économie florissante et d’une destination touristique prisée. Le manque d’informations fiables et accessibles en anglais sur l’activisme vietnamien rend également difficile la diffusion d’informations sur la société civile vietnamienne auprès d’un public qui ne parle pas le vietnamien.
GV : Quel rôle jouent la collaboration régionale et la solidarité lorsqu’on veut protéger et se réapproprier l’espace civique au Vietnam ?
VR : Alors que les ressources financières se raréfient, la collaboration régionale et la solidarité entre les militants déjà marginalisés d’Asie du Sud-Est sont plus cruciales que jamais. L’une des façons de reconquérir l’espace civique consiste à mettre en commun les compétences, les données et les connaissances régionales approfondies de chacun afin de résoudre les problèmes. Pour prendre un exemple tiré de notre organisation, Vietnam Rise fait partie du projet Terali, un service d’assistance destiné aux défenseurs des droits humains d’Asie de l’Est et du Sud-Est afin de lutter contre les problèmes de cybersécurité. Les prestataires de services d’assistance impliqués sont TibCert (Tibet), Vietnam Rise (Vietnam) et Security Matters (Thaïlande, Hong Kong, Cambodge et Malaisie). Nos services visent à répondre aux besoins spécifiques de nos communautés tout en créant une base de données commune sur les menaces et les problèmes liés aux données, ce qui nous permettra de mieux comprendre les menaces qui pèsent sur les droits numériques en Asie du Sud-Est.
Vietnam Rise participe à des dialogues régionaux tels que l’Assemblée Asie-Pacifique sur les droits numériques 2025 (DRAPAC) afin de promouvoir son travail et de tirer des enseignements de l’expérience d’autres militants. Le responsable du programme a partagé les conclusions suivantes tirées de leur participation à la DRAPAC :
« Même dans un contexte géopolitique difficile, nous ne pouvons pas partir du principe que les ressources sont aussi rares que nous le laissons entendre. Il existe clairement de nombreux jeunes militants motivés qui continuent à participer au DRAPAC et à partager leurs expériences les uns avec les autres. Grâce à une réaffectation stratégique des ressources et à de la collaboration, nous serons en mesure de nous adapter et de prospérer dans des environnements hostiles. Cette attitude d’optimisme mesuré et cet engagement en faveur de relations mutuellement bénéfiques permettront aux organisations de la société civile d’aller de l’avant. »
Vietnam Rise organise en novembre le Social Movement Festival qui devrait rassembler et célébrer les communautés, les groupes et les militants à la tête de mouvements vietnamiens et d’initiatives menées par des jeunes. Il comprendra également une table ronde régionale réunissant des ONG en présentiel afin de recueillir les points de vue des jeunes militants régionaux sur la manière d’impliquer efficacement les communautés marginalisées en Asie du Sud-Est.
Par Mong Palatino – Advox / Globalvoices.org – 12 janvier 2026
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