Élections en Thaïlande : la corruption toujours dans l’ombre du scrutin
À l’approche des élections le 8 février 2026, la crainte de l’achat de voix refait surface en Thaïlande. Un phénomène ancien que les autorités électorales assurent vouloir contenir pour garantir un scrutin crédible.
Alors que la Thaïlande s’apprête à entrer dans une nouvelle séquence électorale, la question de la corruption politique ressurgit comme un symptôme structurel des fragilités démocratiques du pays. Au cœur des préoccupations figure le « vote-buying », une pratique ancienne mais persistante qui consiste à monnayer le suffrage des électeurs en échange d’argent ou de faveurs matérielles. Selon une enquête récente du Comité permanent mixte sur le commerce, l’industrie et la banque (JSCCIB), menée à l’échelle nationale, une proportion significative de citoyens anticipe un retour de ces méthodes durant la campagne. Dans ce contexte, la Commission électorale (EC), chargée de garantir l’intégrité du scrutin, se retrouve sous une pression accrue. Régulièrement mise en avant par la presse thaïlandaise, l’institution est appelée à renforcer ses mécanismes de contrôle et de sanction, alors même que son efficacité et son indépendance font l’objet de critiques récurrentes. Les montants évoqués, parfois très élevés (on parle de 3.000 à 7.500 bahts par électeur…), traduisent non seulement l’ampleur des moyens mobilisés par certains acteurs politiques, mais aussi les inégalités sociales sur lesquelles repose ce système de corruption électorale. Bien que majoritairement condamnée par l’opinion publique, cette pratique continue de prospérer dans un climat de confiance limitée envers les autorités électorales et d’application inégale des lois, faisant de l’achat de voix le révélateur d’un malaise démocratique plus profond.
Un mal ancré dans l’histoire politique thaïlandaise
Le phénomène du vote-buying n’est pas nouveau dans l’histoire politique du royaume. Des études montrent que ce type de pratiques était déjà bien ancré dans les années 1990, avec des enquêtes estimant que jusqu’à un tiers des ménages thaïlandais avaient reçu des offres d’argent lors des élections générales de 1996.
Au fil des décennies, ce problème s’est inscrit dans un paysage politique régulièrement secoué par des accusations de malversations, des violations de la loi électorale et des crises politiques majeures. Lors de l’élection de 1996, par exemple, plus de 4.000 violations de règles électorales, dont de nombreux cas d’achat de voix, ont été signalées par des observateurs internationaux.
Parallèlement, les tensions entre gouvernements élus et forces non élues ont souvent débouché sur des interventions militaires, comme lors de la crise politique de 2005-2006 et le coup d’État de 2006, qui ont mis en lumière la défiance envers l’élite politique et les accusations de corruption généralisée.
Transformer le scepticisme en engagement civique
Malgré ce tableau parfois sombre, des efforts sont menés pour restaurer la confiance. La Commission électorale (EC), l’organe chargé de superviser l’intégrité du scrutin, s’est dite optimiste et confiante quant au bon déroulement du prochain jour de vote. Selon ses déclarations récentes, elle renforce ses dispositifs de surveillance et se prépare à organiser une journée électorale transparente et sans encombre, en affirmant que les mécanismes institutionnels sont prêts à répondre aux défis logistiques et réglementaires.
Cette double réalité, une pratique de corruption enracinée mais des efforts institutionnels pour la contenir, montre à quel point la démocratie thaïlandaise est aujourd’hui en pleine tension entre héritage politique et aspirations populaires à plus de transparence. Pour beaucoup d’électeurs, le défi reste de transformer le scepticisme en engagement civique et de prouver que les urnes peuvent être un lieu de choix éclairé plutôt qu’une simple transaction.
Par Célia Sennegon – Lepetitjournal.com – 20 janvier 2026
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