Une juriste américaine nommée rapporteuse de l’ONU sur les droits de l’homme en Birmanie
Le président indonésien du Conseil des droits de l’homme, l’ambassadeur Sidharto R. Suryodipuro, a annoncé le 19 mars la nomination d’une nouvelle titulaire dans les fonctions de Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en Birmanie.
Après six années d’action, l’ex élu à la chambre des représentant des États-Unis pour le Maine, Thomas H. Andrews, cède sa place à une autre familière du Congrès américain. Toutefois, à un démocrate succède une républicaine affirmée : Mme Kelley A. Eckels – Currie. Deux personnalités aux parcours politiques divergents mais qui ont bien des points communs dans leurs approches des droits humains, la définition d’un État de droit et la Birmanie.
Ce sont deux familiers de longue date de l’Asie du Sud-Est qui se relayent comme rapporteurs spéciaux pour les droits de l’homme en Birmanie
Tom Andrews est d’ailleurs appelé à devenir le prochain Rapporteur spécial pour la situation des droits de l’homme au Cambodge. Les deux défenseurs américains des droits humains sont également des personnalités connues pour leurs engagements anciens sur la Birmanie. Andrews a été le secrétaire général de la « Campagne pour le prix Nobel de la paix à Aung San Suu Kyi et au peuple birman ». Il fut également consultant auprès du Réseau euro-birman et du gouvernement de coalition nationale de l’Union de Birmanie (NCGUB), l’exécutif d’opposition aux autorités putschistes du général Than Shwe.
Depuis le coup d’État du général Min Aung Hlaing le 1er février 2021, K. Eckels-Curie ne mâche pas elle aussi ses mots sur le régime militaire instauré par les militaires birmans. D’ailleurs, elle n’hésite pas à s’afficher au côté d’opposants venus aux États-Unis. Si sa nomination enchante d’ores et déjà sur les réseaux sociaux les militants prodémocratie, elle va faire perdurer sans aucun doute l’hostilité de Nay Pyi Taw à l’endroit du Conseil des droits de l’homme et les positions exprimées par et aux Nations unies. La nomination de la juriste experte de la construction de l’État de droit n’a également rien pour plaire à certains des soutiens les plus résolus aux généraux birmans, à commencer par la Chine.
En effet, Mme Eckels-Curie ne cache pas son empathie voire ses sympathies pour les Ouïghours, les Tibétains et les Taïwanais. A contrario, ce n’est pas à Washington que le choix du Conseil des droits de l’homme va susciter cette fois-ci des réserves. L’intéressée chargée désormais de la Birmanie doit une partie de sa carrière diplomatique au président Donald Trump. Elle fut sous sa première administration nommée auprès de la Commission économique et sociale des Nations unies puis son ambassadrice itinérante pour les questions mondiales relatives aux femmes (2020 – 2021).
Mme Eckels-Currie est une intervenante régulière dans les cercles de réflexions stratégiques républicains
Dans un parcours professionnel qui l’a conduit à diriger le bureau de la justice pénale internationale du Département d’État, la diplômée en droit de l’université de Georgetown est aussi une conférencière connue dans le milieu des think-tanks conservateurs. Si elle a créé son propre cabinet de conseils géopolitique (Kilo Alpha Startegies), elle a été au fil des années une chercheuse associée à de nombreux centres d’analyses prestigieux, à l’image de l’Atlantic Council, de l’East West Centre, de l’International Republican Institute, du Krach Institute for Tech Diplomacy ou encore du Center for a New American Security, où elle a dirigé son programme d’études sur l’Indo-Pacifique de 2021 à 2023. Des engagements qui l’ont menée à être associée aux conseils de direction d’associations patriotiques américaines, telles la Vandenberg Coalition ou Spirit of America.
Dans un pays où sont très entrelacées les think-tanks et la classe politique, cela a valu à Mme Eckels-Currie un accès à des fonctions de conseillère pour l’Asie auprès du sous-secrétaire d’État aux affaires globales de G. Bush (2007 – 2009) et auparavant auprès du représentant républicain de l’Illinois John Porter (1995 – 1999). Ces aller-retour public – privé n’ont pas empêché Mme Eckels-Currie de se montrer une militante des droits humains, de la démocratie et de travailler sur les processus de transition politiques en Birmanie.
Cela fut même au cœur de sa mission de 2009 à 2017 au Project 2049 Institute, un centre de réflexion visant selon ses termes à « guider les décideurs vers une Asie plus sûre d’ici 2049 ».
Par François Guilbert – Gavroche-thailande.com – 21 mars 2026
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