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Covid-19 – Pourquoi la Thaïlande déplore-t-elle aussi peu de décès ?

La Thaïlande a enregistré ce mardi la plus faible augmentation du nombre d’infections au Covid-19 depuis trois semaines, ce qui pourrait correspondre à la mise en place des premières mesures strictes pour contenir l’épidémie. 

Ce mardi 7 avril, la Thaïlande a signalé 38 nouveaux cas d’infection au Covid-19 et un décès. Il s’agit de la plus faible augmentation quotidienne depuis le 18 mars. Au total 2.258 personnes ont développé la maladie dans le royaume depuis le mois de janvier, 27 en sont décédées et 1.465 personnes sont actuellement hospitalisées, selon les statistiques officielles. Avec un peu moins de 0,4 mort pour 1 million d’habitants, la Thaïlande est très largement en dessous de la moyenne mondiale qui est de 9,6 décès pour 1 million d’habitants. 

Ces chiffres relativement bas pourraient être imputés à la bonne gestion de la crise par les autorités thaïlandaises. La Thaïlande a beau avoir été le premier pays après la Chine à déclarer des cas de personnes infectées au Covid-19 sur son territoire début janvier, l’épidémie n’a cependant connu une croissance significative que vers le milieu du mois de mars avec un peu plus d’une centaine de cas par jour. 

En janvier, la Thaïlande a accueilli plus d’un million de Chinois dont 30.000 directement de Wuhan. “La Thaïlande a été le premier pays à détecter des cas de Covid-19 en dehors de la Chine. Cela a été possible grâce aux recherches que le pays avait déjà entrepris sur les coronavirus, ce qui signifie que la Thaïlande a rapidement développé des capacités de diagnostic en laboratoire, un élément essentiel pour détecter de manière précoce les cas, les isoler et retracer les personnes en contact avec les personnes infectées. De plus, la Thaïlande a été très rapide pour mettre en place des contrôles dans les aéroports et les points d’entrées du pays” confie le docteur Richard Brown, représentant pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Thaïlande.

Pourtant ce n’est qu’au mois de mars qu’apparaissent deux principaux foyers de contamination, le premier est lié à un combat de boxe au stade Lumpini et l’autre à un bar dans le quartier de Thonglor. 

A partir de là, pour éviter le scenario des pays qui se sont laissés déborder par l’épidémie, le gouvernement thaïlandais a mis en place une série de mesures de distanciation sociale en commençant par la fermeture des écoles et universités dans tout le royaume le 18 mars. Quelques jours plus tard, le 23 mars, les centres commerciaux, attractions touristiques, restaurants et bars de Bangkok fermaient leurs portes avant que ces nouvelles restrictions ne soient suivies par l’ensemble des provinces du pays et que les frontières se ferment. Le 26 mars, la Thaïlande déclarait l’état d’urgence et recommandait vivement à la population de rester à la maison et le 2 avril, un couvre-feu de 22h à 4h était mis en place. Il est important de rappeler que les masques et le gel hydroalcoolique n’ont quasiment jamais manqué dans le royaume. 

“Mon interprétation au vu des chiffres en Thaïlande est que le pays a pris des bonnes mesures en termes de santé publique, la transmission au niveau communautaire est très limitée. Il vaut mieux fermer les écoles, les commerces non essentiels, interdire les rassemblements de masse, etc. plutôt que d’avoir une épidémie sur les bras”, estime François Nosten, professeur en médecine tropicale pour le SMRU (Shoklo Malaria Research Unit) Thailand. 

“Après, même si c’est plus spéculatif, ces chiffres sont peut-être dus aux conditions climatiques en Thaïlande. L’épidémie s’est étendue plus rapidement dans les pays froids. Ici, nous ne sommes pas dans le pic dans la grippe saisonnière”, ajoute le professeur. 

Habitudes culturelles et climat ?

Une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) suggère que le climat humide pourrait ralentir la propagation du virus. Des pays comme Singapour, la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande ayant une croissance du nombre de personnes infectées beaucoup plus faible que dans les pays qui connaissent des conditions climatiques similaires à celle de la province de Wuhan où le coronavirus a fait son apparition. Pour autant, les chercheurs sont prudents avec ces résultats en pointant les mesures de distanciations sociales qui ont été prises sur l’ensemble de la planète et ajoutent qu’il faudrait attendre la fin de la saison des pluies dans les pays asiatiques pour se faire une idée plus complète. 

Certaines habitudes culturelles pourraient également contribuer à limiter la propagation du virus en Thaïlande, les exemples les plus fréquents sont le port du masque et l’absence de contacts physiques en Thaïlande. “Les contacts «chaleureux» avec embrassades multiples chers aux Italiens en particulier, représentent un risque infectieux bien plus conséquent que la méthode thaïlandaise du waï, de loin la plus hygiénique” rappelait au début de la crise le Docteur Gérard Lalande, médecin français basé à Bangkok, directeur de la société CEO Health et auteur d’un livre sur les problèmes de santé spécifiques à l’Asie.

“Les pays qui ont des taux d’infections relativement faibles sont les mêmes qui avaient été touchés par le SRAS (grippe aviaire – 2002-2003), dans ces pays, le port du masque est une norme sociale” ajoute le docteur Richard Brown.

Aussi, alors qu’en Europe, le port du masque fait toujours débat, la Thaïlande, comme le reste de l’Asie, l’adopte depuis le début, de nombreuses grandes surfaces le rendant même obligatoire pour aller faire ses achats. Le gouverneur de la province de Phuket a même ordonné depuis le 6 avril aux résidents de la péninsule de le porter dès qu’ils sont dans l’espace public au risque de se voir imposer une amende de 20.000 bahts. 

La chloroquine dans le protocole de soin

Le département du contrôle des maladies a publié sur son site Internet le protocole mis en place pour soigner les malades atteints du coronavirus. 

“Dans ce protocole qui vient du ministère de la Santé, il y a trois différents types de cas : les cas non compliqués pour lesquels ils ne préconisent pas de traitement particulier, des cas plus compliqués pour lesquels ils utilisent une combinaison d’antirétroviraux (NDLR : Lopinavir/Ritonavir, Darunavir/Ritonavir et Favipiravir) et de la chloroquine (NDLR : Hydroxychloroquine), et enfin des cas plus graves qu’ils traitent en réanimation”, explique le professeur François Nosten qui souligne qu’il n’y a pour le moment aucun élément significatif permettant d’attribuer les bons résultats de la Thaïlande à l’utilisation de la chloroquine. 

“Selon moi, s’il n’y a pas beaucoup de morts en Thaïlande, c’est aussi parce qu’il n’y a pas beaucoup de cas par rapport à d’autres pays. Et aussi parce que la plupart des cas identifiés n’étaient pas graves et que les plus sévères ont été correctement pris en charge dans les hôpitaux”, conclut François Nosten. 

Le 20 mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait que la Thaïlande faisait partie d’une étude clinique baptisée “Solidarity” rassemblant plusieurs pays pour évaluer les traitements potentiels pour lutter contre le Covid-19. 

“Ce problème mondial nécessite des solutions internationales urgentes. La Thaïlande est un partenaire précieux dans l’organisation des études pour évaluer les traitements, l’objectif est d’identifier les médicaments qui peuvent sauver des vies” confie Daniel Kertesz, représentant de l’OMS en Thaïlande à The Asean Post.

Selon l’OMS, – qui classe la Thaïlande en sixième position au niveau mondial pour la qualité de ses infrastructures médicales -, la meilleure solution pour réduire la propagation du Covid-19 est de continuer à travailler conjointement avec le ministère de la santé thaïlandais ainsi qu’avec d’autres pays sur les recherches pour trouver un traitement, mais aussi en isolant les personnes infectées et en retraçant les personnes qui ont été en contact avec les malades. La population a également un rôle à jouer en continuant de respecter une distanciation sociale et en restant chez elle autant que possible.

Retard sur le dépistage massif

De son côté, même s’il loue l’approche thaïlandaise dans son ensemble, le docteur Nicolas Durier regrette l’absence de dépistage à grande échelle.

“Le dépistage, selon moi, demeure trop faible et malheureusement nous n’avons pas encore les outils suffisants. Il y a des personnes porteuses du virus et qui ne sont pas testées”, explique le fondateur de l’entreprise sociale Dreamlopments qui vient en aide aux communautés de migrants à Mae Sot.

Les choses semblent toutefois avancer dans ce sens puisque le 2 avril, le gouvernement a accusé livraison d’un premier lot de 20.000 kits de test pour le Covid-19 produit grâce a une collaboration entre le laboratoire privé Siam Bioscience et le Département des sciences médicales. Produit localement, chaque kit de test coûte environ 1.500 bahts, contre 4.500 bahts pour ceux importés selon The Nation.

Siam Bioscience et le Département des sciences médicales entendent produire 20.000 kits de test par semaine et, une fois le nombre de 100.000 kits atteints, les distribuer dans 100 hôpitaux du pays.

L’université de Chulalongkorn a également développé de son côté un test sérologique rapide (Chula COVID-19 Strip Test) mis à disposition du public depuis le 30 mars au Centre de services de santé de l’Université Chulalongkorn.

En revanche, les autorités ont mis en garde le public la semaine dernière contre l’achat en ligne de tests au Covid-19, soulignant d’une part la probable non conformité de certains kits et d’autre part la nécessité de faire le test sous supervision médicale et non soi-même au risque d’une interprétation biaisée.

Par Catherine Vanesse – Lepetitjournal.com – 8 avril 2020

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