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« Le roi de Thaïlande, Rama X, n’est plus respecté du tout »

Pavin Chachavalpongpun, universitaire thaïlandais, est exilé politique au Japon depuis 2012 pour ses positions critiques envers la junte militaire. Professeur au Centre d’Études sur l’Asie du Sud-Est à Kyoto, il réagit à la contestation étudiante dans son pays, contre le gouvernement et la monarchie.

La Croix : La révolte des étudiants thaïlandais ces dernières semaines vous surprend-elle ?

Pavin Chachavalpongpun : Je dois reconnaître que je suis très surpris par l’ampleur et la nature de cette contestation étudiante contre la monarchie. Elle s’était déjà exprimée durant les manifestations contre le régime il y a dix ans, mais jamais en des termes aussi directs et surtout sans faire des propositions concrètes de réformes. Les « 10 revendications » des étudiants ciblant uniquement le roi ont été un choc pour moi car l’institution monarchique reste très puissante en Thaïlande.

Ces jeunes sont vraiment courageux et habiles dans leur stratégie. Ils ont un projet structuré et ils attendent que les députés s’en saisissent pour en débattre au parlement. Ils osent porter le débat sur la monarchie à un niveau politique supérieur. Ils sont prudents et ils savent qu’ils ne peuvent pas publiquement appeler à se débarrasser de la monarchie car ils violeraient la loi et risqueraient de longues années de prison.

Qu’est-ce qui a changé en Thaïlande ces dix dernières années pour qu’un tel mouvement de contestation émerge aussi soudainement ?

P. C. : L’ancien roi Rama IX était très vénéré mais son fils, arrivé sur le trône en 2016, n’est plus respecté. Il ne s’occupe pas du peuple et du pays. Il n’est jamais en Thaïlande, il vit à Munich avec son harem de 20 femmes. En pleine épidémie de coronavirus alors que les Thaïlandais souffrent beaucoup économiquement, le roi est absent. L’opinion publique dans son ensemble semble être contre lui et le critique, mais elle n’ose pas encore l’exprimer publiquement.

Par ailleurs, il y a encore une minorité, puissante, qui reste ouvertement royaliste car elle défend ses intérêts. La classe moyenne de Bangkok et les militaires sont des forces qui soutiennent la monarchie. Certes, on ne peut rien prédire, mais bousculer tout ce système demandera un soulèvement massif de la population. C’est possible mais je ne vois pas encore comment dans le contexte actuel.

Combien de temps les militaires vont-ils laisser les étudiants manifester ?

P. C. : Cela dépendra de l’évolution des manifestations et de leur ampleur. Ces étudiants sont très éduqués et cultivés. Ils sont connectés au monde. Les partis politiques, très lâches, observent sans rien faire, de peur d’être associés à la protestation étudiante. Mais les étudiants ne souhaitent pas être associés aux politiques car ils redoutent que leur mouvement soit décrédibilisé. Ils sont très courageux car ils peuvent très bien être tués comme durant la répression des manifestations de 1976. Mais il est vrai qu’en 2020, tout est diffusé sur les réseaux sociaux. Leurs manifestations sont diffusées dans le monde entier qui observe ce que font le gouvernement et la police, sous les ordres du roi. Ces derniers doivent bien réfléchir avant d’ordonner un massacre.

Par Dorian Malovic – La Croix – 17 août 2020

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