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Le Vietnam emprisonne la célèbre militante Pham Doan Trang

Les autorités vietnamiennes ont annoncé, mercredi 7 octobre, avoir arrêté la dissidente Pham Doan Trang, 42 ans, journaliste et écrivaine de renom, militante pour la liberté de la presse et des droits civils. Emprisonnée, elle risque jusqu’à 20 ans de prison pour « opposition à l’État » vietnamien.

« Je ne veux pas la liberté pour moi-même, ce serait trop facile. Non, je veux quelque chose de plus grand, la liberté pour le Vietnam. » Ce sont les mots de la dissidente Pham Doan Trang dans une lettre écrite en mai 2019… « à publier quand je serai arrêtée », ajoutait-elle.

Dans le collimateur des autorités vietnamiennes depuis des années pour ses engagements en faveur de la liberté de la presse, des droits civils, de la cause LGBT ou de la protection des paysans dont les terres sont confisquées, Pham Doan Trang, 42 ans, a été arrêtée, mardi 6 octobre, par la police à Hô Chi Minh-Ville.

Pham Doan Trang risque 20 ans de prison

Accusée de « fabriquer, rassembler et diffuser des informations (…) contre la république socialiste du Vietnam », selon les termes de la sécurité publique, l’écrivaine vietnamienne risque une peine de 20 ans de prison, peine maximale pour « opposition à l’État ». Elle a été arrêtée quelques heures après la tenue du 24e Dialogue annuel États-Unis-Vietnam sur les droits humains où se discute notamment le droit à la liberté d’expression.

Pour de nombreux observateurs de la scène politique vietnamienne, il ne fait aucun doute que Hanoï est en train de resserrer la vis politique, à quelques mois du Congrès national (prévu fin janvier 2020) qui se déroule tous les cinq ans.

« Une grande figure de la dissidence vietnamienne »

Dans la sphère dissidente vietnamienne, « Pham Doan Trang est une des grandes figures dans la lutte pour les droits de l’Homme au Vietnam », décrit Ming Yu Hah d’Amnesty International, qui a appelé à « sa libération immédiate ». À ses yeux, « elle a inspiré depuis des années un grand nombre de jeunes militants afin de dénoncer les abus contre les libertés et appeler à un Vietnam libre ».

D’autres organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Reporters sans frontières (RSF) ou l’Union internationale des éditeurs, qui avait décerné le prix Voltaire 2020 à sa maison d’édition Liberal Publishing House (fondée en 2019), ont appelé à sa libération.

L’écrivaine, qui a travaillé pendant des années comme journaliste pour des médias d’État, a fondé le magazine en ligne Luât Khoa, qui publie des informations juridiques pour aider les citoyens à comprendre les lois et se défendre face aux abus des autorités locales en province. Pham Doan Trang a également publié de nombreux ouvrages abordant aussi bien les droits des femmes que ceux de la communauté LGBT, ou encore le droit environnemental.

La défense d’un village contre un projet d’aéroport militaire

Au début de l’année, elle s’était engagée pour la défense d’un village dans la banlieue de Hanoï où les militaires voulaient construire un aéroport sur les terres des paysans. Face à la résistance des villageois la police avait mené un raid très violent en janvier dernier où plusieurs morts ont été déplorés, dont le chef du village.

« En dépit du harcèlement systématique du gouvernement, notamment physique, explique Phil Robertson de Human Rights Watch, elle est restée fidèle à ses principes de défense des droits humains et de la démocratie. Les autorités devraient l’écouter plutôt que la réprimer. »

« Son seul crime est d’informer les citoyens sur leurs droits », a déclaré Daniel Bastard, responsable de RSF pour l’Asie-Pacifique. Dans le classement international sur la liberté de la presse, RSF place le Vietnam à la 175e place sur 180.

« Le nombre d’arrestations depuis 2019 n’a cessé de croître, explique Carl Thayer, spécialiste australien de l’Asie du Sud-Est, et elles sont toutes indirectement liées à ce Congrès important qui nomme un nouveau secrétaire général du bureau politique du Parti communiste, un président et un premier ministre. Il faut s’attendre à ce qu’elles se multiplient plus on s’approche de la date du Congrès en janvier prochain. »

Par Dorian Malovic – La Croix – 8 octobre 2020

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