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L’ère spatiale de la Thaïlande en devenir

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La Thaïlande consacre depuis quelques années d’importantes ressources pour devenir le centre spatial de l’Asie du Sud-Est, mais cela en vaut-il la peine ?

L’année 2023 sera marquée par une concurrence accrue entre les États, grands et petits, pour faire valoir leurs « revendications territoriales » dans l’espace.

Le Japon, par exemple, prend les devants pour redéfinir les opérations spatiales, traditionnellement dominées par les entreprises d’État, en autorisant les entités spatiales privées à extraire et à vendre des ressources spatiales.

Parallèlement, la Chine a fait part de sa volonté de devenir une « puissance spatiale complète », dotée de capacités indépendantes pour développer une infrastructure spatiale et un système de gouvernance d’ici 2045.

Cet objectif audacieux mais réalisable, cimenté par l’achèvement réussi de la station spatiale Tiangong, entièrement construite et exploitée par la Chine, par opposition à la station spatiale internationale partagée, a déclenché des sonnettes d’alarme aux États-Unis et servira sans aucun doute de catalyseur au programme Artemis de la NASA visant à établir une présence humaine permanente sur la Lune et potentiellement sur Mars.

Envoyer des gens sur la Lune est, à ce stade, évidemment impensable pour des pays de taille moyenne aux ressources limitées comme la Thaïlande.

Des développements récents suggèrent néanmoins que la Thaïlande est sur la bonne voie pour élaborer une stratégie spatiale globale et qu’elle a un rôle à jouer dans le domaine spatial.

À la mi-décembre, dans l’excitation et l’inquiétude suscitées par l’approche des élections générales en Thaïlande, le gouvernement thaïlandais a donné son aval au plan directeur national de l’espace sur 15 ans (2023-2037) et à la rédaction de la politique nationale en matière de satellites de communication.

Puis, au début du mois, le gouvernement a attiré l’attention du public sur la nécessité de construire un port spatial sur le sol thaïlandais.

La proximité de la Thaïlande avec l’équateur, un emplacement idéal pour le lancement de fusées et de vaisseaux spatiaux, ainsi que la création d’emplois et d’opportunités d’investissement ont été invoquées pour justifier ce projet.

La Thaïlande considère depuis longtemps que l’espace est vital pour sa survie.

La principale agence spatiale du pays, la Geo-Informatics and Space Technology Development Agency (GISTDA), chargée de fournir des services géo-informatiques et de mener des recherches pour préparer les Thaïlandais aux « besoins futurs », a été créée en 2000.

L’Institut national de recherche astronomique de Thaïlande, créé en 2004, est une autre unité importante.

Environ 19 ans après la formation de GISTDA, la Thaïlande s’est lancée dans une mission visant à envoyer en orbite le premier satellite militaire thaïlandais baptisé Napa-1, assemblé par une société néerlandaise.

Mais le lancement de Napa-1 a été perturbé par la pandémie sans précédent du Covid-19 et par des difficultés techniques.

Cependant, le Napa-1 a finalement été lancé avec succès depuis la Guyane française le 3 septembre 2020.

Et, en juillet 2021, Napa-2 a suivi depuis la station spatiale de Cap Canaveral en Floride.

La même année, le projet du Consortium spatial thaïlandais (TSC), qui vise à lancer dans l’espace cinq petits satellites de fabrication nationale en six ans, a été annoncé.

Le coût de chaque satellite est estimé entre 900 millions et 3 milliards de bahts.

Le premier satellite chargé d’observer les ressources naturelles de la Terre, TSC-Pathfinder, devrait être lancé cette année, tandis que le dernier satellite, le plus ambitieux, TSC-2, tentera d’atteindre l’orbite de la Lune en 2027.

Le coûteux projet TSC a, sans surprise, suscité des doutes et des plaintes de la part de nombreux internautes thaïlandais, qui estiment que l’argent des contribuables devrait être consacré en priorité à la réduction de la pauvreté et des inégalités.

Mais les investisseurs, les scientifiques et les diverses institutions qui sont les principaux moteurs du développement futur de la Thaïlande sont tous d’accord avec le plan du gouvernement.

Sur la base des informations existantes, il est clair que le rêve spatial de la Thaïlande va bien au-delà de la simple « tentative de suivre la tendance » pour préserver la sécurité nationale et les intérêts économiques.

Le projet TSC ainsi que les discussions sur le port spatial soulignent la détermination du gouvernement thaïlandais à mettre en valeur les prouesses technologiques du pays et à s’élever au rang de centre régional pour les voyages et la recherche dans l’espace.

En effet, le plan directeur national pour l’espace 2023-2037 récemment approuvé est une extension du plan 2017-2036, le premier plan à long terme de la Thaïlande pour le développement de l’espace, qui met fortement l’accent sur la coopération internationale et le renforcement des capacités humaines pour soutenir l’objectif de la Thaïlande de devenir un centre spatial en Asie du Sud-Est.

Comme pour les véhicules électriques, le concurrent redoutable de la Thaïlande dans les activités spatiales semble être l’Indonésie, qui mène des recherches spatiales depuis 1963.

Sous la direction de Joko Widodo, l’Indonésie a également cherché activement à construire son propre port spatial sur l’île de Biak, au large de la Papouasie.

La pertinence de l’espace est indiscutable et en pleine expansion, et les plans spatiaux actuels de la Thaïlande, finis par le gouvernement de Prayut Chan-o-cha, devraient survivre à un transfert de pouvoir, tout comme l’administration Biden a adopté le projet Artemis de la NASA, approuvé par le gouvernement Trump.

Néanmoins, compte tenu des incohérences budgétaires de la Thaïlande et de ses interminables problèmes de politique intérieure, il reste à voir si la Thaïlande réalisera des progrès substantiels en temps voulu et s’imposera comme un acteur reconnu dans la course spatiale internationale.

Par Tita Sanglee Toutelathailande.fr avec The Diplomat – 21 janvier 2023

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