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La banque KBZ accusée de collaborer avec l’armée birmane

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C’est une histoire où se mêle sans doute vérité, propagande et exagération mais qui décrit bien l’état de paranoïa, de fracturation et de défiance généralisées dans lesquelles la population de Birmanie évolue depuis le 1er février et la prise du pouvoir par l’armée.

C’est le site d’information Coconuts Yangon qui l’évoque en Une : « Une grande banque birmane menacée de boycott ».

La banque en question est la Kanbawza Bank, plus connue sous le nom de KBZ, qui est l’une des branches de la constellation d’entreprises créée par Aung Ko Win dans les années 90, lorsque ses liens avec le général Maung Aye, le numéro Deux du pouvoir militaire de l’époque, lui avaient permis de passer de son poste d’enseignant en chimie à celui de PDG multimillionnaire, notamment en se lançant dans le commerce du jade et des pierres précieuses. En 2018, KBZ était le premier contribuable du pays par le montant d’impôts qu’il avait acquitté. KBZ Bank détient plus de 40% du marché des comptes bancaires personnels en Birmanie. La même année, le groupe se liait avec le chinois Huawei pour développer ses services en ligne et l’accès à l’économie numérique en plein essor, dont l’application KBZ Pay était jusqu’à récemment le fleuron.

Jusqu’à récemment… L’application se retrouve maintenant attaquée par des gens qui disent en avoir été victimes et qui publient leurs avis très négatifs à la fois sur les magasins d’applications Google Play ou App Store. « Désinstallation ! C’était une application de transfert d’argent très pratique mais maintenant elle gèle le compte et l’argent des gens pour des raisons peu sérieuses », peut-on lire dans un commentaire sur Google Play. Et le commentateur d’inviter « à passer à une autre plate-forme de paiement puisque KBZ Pay elle est entièrement contrôlée par les militaires et qu’elle bloque les comptes des gens ».

Car c’est là le reproche clef que subit la banque aujourd’hui : elle dénoncerait au gouvernement les utilisateurs qui envoient de l’argent à son opposition via KBZ Pay. C’est en tout cas ce qu’affirment plusieurs personnes sur internet et sur Google Play… mais sans jamais fournir d’autres preuves que leurs affirmations. Toujours sur Google Play, quelqu’un qui se dit utilisateur de l’application affirme avoir envoyé avec de l’argent pour soutenir la lutte contre les militaires. Résultat, d’après lui, « portefeuille mobile et compte bancaire gelé ». Le même affirme que c’est le gouvernement qui aurait donné l’ordre de surveillance et de sanctions, ajoutant selon Coconuts Yangon, que « quelqu’un de la banque l’avait prévenu que les propriétaires des comptes pouvaient être détenus et interrogés ». D’autres personnes racontent des histoires similaires mais sans que Le Petit Journal Birmanie ait pu vérifier que tout cela est vrai.

Dans tous les cas, vrai ou faux, l’histoire traduit à la fois la vindicte contre de grandes entreprises birmanes qui plient systématiquement dans le sens du vent et une grande « naïveté numérique » de la part d’une population pour qui internet comme la téléphonie mobile étaient absolument inaccessibles jusqu’en 2015 et qui se retrouve six ans plus tard dotée d’appareils modernes lui permettant tous les services en ligne aujourd’hui possibles. Sans qu’entre-temps la nécessaire « conversion intellectuelle » que ces outils devraient entraîner a été réalisée, faute de formation. Encore aujourd’hui, des groupes d’opposants à l’armée utilisent parfois des adresses email ou des téléphones aisément traçables sans sembler s’en rendre compte. Et il faut être d’une grande candeur pour utiliser un outil aussi facilement contrôlable qu’une plate-forme de paiement pour verser de l’argent à des forces d’oppositions… ou d’ailleurs en demander ou en accepter par ce biais pour lesdites forces !

Lepetitjournal.com – 12 août 2021

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